Il faudrait peut-ĂȘtre accepter de ne pas ĂȘtre cĂ©rĂ©bral, que l’Ă©criture vient
quand elle vient
comme tout Ă l’heure quand en arrivant au travail, dans l’escalier, par la baie vitrĂ©e, je vois cette lune
que j’avais dĂ©jĂ vue sur le trajet
mais qui est en fait
ici
le soleil du matin
tout pĂąle
dans un ciel de bible, avec des rayons qui traversent les nuages
un ciel propre, comme dans les Simpsons.
Jâai pensĂ© qu’il fallait que je m’arrĂȘte pour regarder
alors je me suis arrĂȘtĂ©
cinq secondes peut-ĂȘtre
peut-ĂȘtre moins
avant de finir de monter les escaliers, pour arriver Ă la porte
au bureau
Ă l’ordinateur.
đłjournal
Train – trois mars (2026)
La lune est grosse
orange.
Elle est Ă cĂŽtĂ© dâune ampoule de sĂ©curitĂ©. On est dans un train
le train qui emmĂšne au travail
comme tous les mardis,
les jeudis,
parfois les autres jours de la semaine, parfois pas un jeudi, parfois pas un mardi, parfois plutÎt un lundi, un mercredi, un vendredi, ça dépend et on ne sait pas vraiment si on aime le télétravail
mais on ne sait pas vraiment non plus si on aime ĂȘtre dans le train
si tĂŽt puis si tard
avec une tasse de cafĂ© qui fuit mais qu’elle a gentiment acceptĂ© de remplacer
mĂȘme si on attendait peut-ĂȘtre plus.
Maison – treize avril (2025)
Elle dit que c’est ma faille narcissique, qu’il ne faut pas s’Ă©nerver contre les voitures chĂšresÂ
et nous arrivons dans cette maison-capital prĂšs de la mer. C’est beau avec des tomettes, du bois et des bancs cirĂ©s. C’est une maison avec des objets au mur, des chapeaux, des pagaies. Tout est Ă©cru, tout est exposĂ©, tout le monde travaille tant et tout le monde se repose ici, tout le monde crĂ©e, des affiches, des dessins et des poĂšmes que lâon colle Ă l’intĂ©rieur des pierres ramassĂ©es au soleil couchant, sur la plage / sous la demeure.Â
Tout est si riche, mon Ăąme si grosse.Â
Ferry – douze avril (2025)
Comme on est petit dans la cabine d’un ferry la nuit. Il y a peut-ĂȘtre des milliers de tonnes de mĂ©tal entre lâeau et les draps. L’Ă©cume est Ă©clairĂ©e par les lampes du pont et aprĂšs le noir. Une cabane dans les vagues. Le corps rapetisse vers l’intĂ©rieur, il est si lĂ©ger.Â
Il faut agir doucement, ne rien provoquer, faire le moins de bruit possible, s’endormir et se rĂ©veiller ailleurs, peut-ĂȘtre.Â
Lune – quatre avril (2025)
C’est trĂšs bizarre cette soirĂ©e.
Il faudrait Ă©crire comme le ciel. (Je veux dire) il faudrait Ă©crire ce que l’on voit au-dessus de nous depuis le rebord au-dessus du vide. C’est cohĂ©rent depuis ce muret mais ça n’a aucun sens dans le ciel
mais depuis lĂ oĂč je me trouve c’est magnifique, il y a un mini-nuage Ă cĂŽtĂ© de la lune.Â
Et en mĂȘme temps elle est si lourde et en mĂȘme temps elle ne nous tombe pas dessus,
elle a quatre étoiles prÚs du visage.
RER – six fĂ©vrier (2024)
une courbe alors !
et puis d’un feu dans une brouette.
Radiographie – douze mai (2023)
Mouton – trente mars (2023)
MĂ©tro – trente mars (2023)
Elle lui explique que son amie achĂšte peu de bijoux, peu de fringues mais que tout ce qu’elle achĂšte est quali. D’ailleurs sa veste de ski est une Rossignol et sa montre une Cartier. Ils sont assis dans un carrĂ© de mĂ©tro l’un face Ă l’autre, en tenues de randonnĂ©e chics et discutent de leurs amis donc. Il tient un gros tĂ©lĂ©phone pomme Ă©quipĂ© de trois objectifs et elle un petit sac de chocolats suisses.
Elle rappelle que c’est Fred qui a quittĂ© son amie. Fred a des idĂ©es bien arrĂȘtĂ©es et une forme d’idĂ©alisme sur plein de trucs. Le retour en France n’est pas simple. Fred repartira certainement. Dâailleurs, ils seront nombreux au mariage cet Ă©tĂ© et Louise sera triste car la rupture avec Aurel’ a Ă©tĂ© compliquĂ©e. Elle est dĂ©vastĂ©e. Pareil pour Marine, elle est dĂ©vastĂ©e. C’est compliquĂ© aussi. Elle ne dit pas qu’il y a des ruptures simples (parce que ça fait toujours quelque chose) mais voilĂ …
La ligne 5 continue son chemin aprĂšs JaurĂšs. Ils ne sont quâĂ deux stations. Dans deux minutes ils seront arrivĂ©s. Elle n’est absolument pas motivĂ©e par sa semaine, lui non plus.
Enfin. Ils arrivent et elle lui demande s’il se rappelle ce qu’elle lui avait dit au sujet d’Antoine. Ourcq, publicitĂ© pour Le Bon MarchĂ©. Ils sortent de la rame et prennent Ă gauche sur le quai.
Pantalon – vingt-neuf mars (2023)
Il porte un t-shirt blanc sans inscription et son pantalon s’appelle « le pantalon ». C’est Ă©crit sur une petite Ă©tiquette de sa poche arriĂšre. Il a les cheveux hirsutes et des lunettes rondes Ă grosse monture. Il appuie sur entrĂ©e une fois, deux fois mais le wifi ne fonctionne pas.
Il a mal au cou alors il se masse doucement. Le claviotement de ses emails accompagne les raclements de gorge, les cliquetis de stylo, les soupirs, les pages de journaux et les soupirs encore.
Il ouvre son agenda numĂ©rique puis plonge dans lâinstagram mais les messages arrivent. La conversation avec Amaury et les copains, un emoji PTDR et une notification des Ăchos. Selon son tĂ©lĂ©phone il fait douze degrĂ©s et le PSG a perdu hier soir. Il sâĂ©tire, le wifi est revenu.