Ils pensent que les NFT c’est la révolution. Ils ont mis Nirvana dans une télé cathodique et leurs dessins sur des feuilles
A4.
Ils disent leur CV. Ils ont travaillé dans la publicité et puis dans les pure-players et ensuite ils sont rentrés dans le plus grand groupe de médias au monde où ils exercent le nouveau métier de stratège
créatif.
Ils ne savent pas trop quoi penser de quelqu’un qui travaille à l’université. Ils disent aussi que ce n’est pas possible de vivre en dehors de Paris mais que quand même que ça attire de plus en plus de monde, avec le confinement. Ils disent que c’était dur pour leur couple. Ils disent qu’ils se sont séparés, qu’il est tombé dedans, que tu devrais avoir une complémentaire car la retraite ils n’y croient pas. Ils disent qu’il ne faut pas être naïf, qu’il faut être malin.
🍳journal
Train – dix fĂ©vrier (2023)
J’attends le train
des valises alors
celui des marchandises se propose.
Je monterais, bum, entre deux wagons,
téléphone perdu sur l’attelage
et je partirais pour dix ans.
La police dirait que ça arrive,
les emails s’empileraient
et je voyagerais l’absence.
Au jour exact je reviendrais
et j’apprendrais les trajectoires
des choses et des gens.
Celui des marchandises s’en va
et je monte dans le train
des mots qui savent oĂą ils vont.
Mots – six fĂ©vrier (2023)
Les mots se décolleraient des emballages
Ă mon sifflement.
On s’tire.
Ils me suivraient hors du magasin,
devant le caissier.
Malgré l’alarme,
ils n’écouteraient que moi
et j’avancerais
avec ma traîne.
(Déjà cinq cents mètres, je plonge dans l’escalier.
Les derniers quittent les rayonnages,
réveillés contre une mie de pain).
Dans le magasin, on ne saurait plus que compter.
Je marcherais jusqu’à la Saône
et j’enseignerais comment flotter.
(Je remonte et je m’endors,
les mots coulent vers le confluent,
puis le RhĂ´ne, puis Vienne. Valence.
J’ai dĂ©ja oubliĂ© mes compagnons, MontĂ©limar.
La Méditerranée, chacun s’installe.
Mille ans que je ne suis plus lĂ
et le plus petit d’entre eux est dĂ©terrĂ©
sur une plage brésilienne).
Sel.
Mot – trente et un janvier (2023)
Il voudrait trouver son mot,
celui qui contiendrait tout.
Depuis toujours,
il aime
et c’Ă©tait lĂ
et il ne l’avait pas vu,
l’idiot.
Mais maintenant, il a le mot
et il dit oĂą aller.
Et il peut rentrer dedans.
Et derrière le mot, il y en a d’autres,
de plus en plus purs.
Et puis plus qu’un – une racine de mot.
Alors il revient au mot
mais il est moins joli.
Il a toujours aussi aimé.
Il a trop gratté,
il a abîmé le mot.
Le mot est tout p’tit.
Il ne dit plus oĂą aller,
de quoi souvenir.
Il est cassé
alors il finit sur les autres.